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L'intrépide
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• Ses idées politiques
D'après ce que nous avons vu, on peut dire qu'il est pour la libre entreprise, pour le capitalisme, seul capable à ses yeux d'aider les Islandais à tirer parti du progrès technique en mettant en valeur les richesses naturelles du pays. Il croit au progrès, à la modernité. Toutes les nouveautés techniques l'intéressent dans la mesure où il y voit un intérêt pour son pays. Il est un partisan convaincu et convaincant du capitalisme, du modèle américain et du dollar. A preuve les vers suivants :

Et tout le monde civilisé ne nous montre-t-il pas
combien ce dont cet univers dispersé a le plus cruellement besoin
et qu'ici il n'y a pas d'aide pour enrichir le vagabond ?
Si, des capitaux ! Il ne faut rien moins que cela !
Il nous manque la clé de l'argent doré
pour soulever le pays de la mer jusqu'à la montagne.
Elle nous ouvrira la porte des plateaux et des bancs de pêche,
c'est elle qui détient le pouvoir terrestre.
Cette clé, l'Islande la trouvera dans ce siècle,–
et obtiendra la force de faire les choses à faire.
(Aldamót II 2,5-14)

Que le monopole [danois du commerce] ouvre ses griffes.
Industrie, commerce, en avant !
En avant ! Dompte le géant de la cascade,
siècle du progrès ! (Aldamót III 3,3-7)

Dans l'amour du travail bien fait justement rémunéré il voit la condition du progrès et de la liberté. Il s'adresse ainsi au siècle qui commence:

Anime tout ce qui mérite de vivre
Rémunère tout ce qui est bien fait.
Pour notre peuple que tu sois
le siècle de la liberté.
(Aldamót III 5,4-7)

Il nous faut guerroyer pour conquérir
un monde riche à partir de la mer et de la terre.
(Minni Íslands, 1901, 2,3-4)

nous verrons encore que cette génération vit,
qui a foi en sa propre richesse et prospérité.
(Vígsla Thingvallaskálans, 3,6-7)

Mais elle a de l'avenir, notre nation– avec ces cascades
(Dettifoss, 3,3)

A l'appui de cette thèse, nous pouvons citer encore bien d'autres poèmes, tels Tínarsmidjur 11,1-2(« Les forges de la rivière Tyne »), Vid Zuydersć 5-6 (« Au bord du Zuyderzee »), Vćringjar 1,1-4/10,5-7 (« Varègues »), Víg Lincolns 2,9 (« L’assassinat de Lincoln »), Godord Eiríks 9,1/5-6 (« La charge du prêtre-sacrificateur Eirikr »), Fimmtatröd (« 5e Avenue »)... Par ailleurs, dans ses nombreux articles dans les revues et les journaux, Einar vante les mérites du capitalisme et du dollar.
Plusieurs témoignages nous apprennent qu'Einar était toujours très élégant tant dans sa manière de s'habiller que dans sa conduite. Par exemple, lorsqu'il se rend à Londres en compagnie de Valgerdur, il choisit le meilleur hôtel de la ville et tous deux suscitent l'étonnement et l'admiration des passants dans les rues . D'autre part, Einar était très conscient de sa valeur personnelle et cela lui donnait une assurance et un aplomb rares. A ce propos, on raconte une anecdote tout à fait significative et à notre avis, très sympathique : lors de ce même séjour à Londres, Einar, prodigieusement intéressé par la télégraphie sans fil, n'a rien de plus pressé que d'aller se présenter aux bureaux de la société Marconi, au numéro 18 de Finch Lane, dont le directeur est un certain Mr. Cuthbert Hall. Il arrive donc et, très grand seigneur, tend sa carte de visite à l'employé de la réception, demandant à être reçu par le directeur. L'employé s'en étonne, car il n'a pas de recommandation : il est exclu que monsieur le directeur puisse le recevoir ce jour, car il ne reçoit personne qui ne lui ait été recommandé auparavant. L'employé lui demande ensuite s'il veut être reçu par le secrétaire particulier. Einar rétorque que cela ne suffit pas, qu'il parlera au directeur ou bien à personne d'autre. L'employé est sidéré par l'audace de cet homme, mais va porter la carte de visite d'Einar au directeur. Cuthbert Hall, d'abord choqué par cette attitude qu'il juge outrecuidante, remarque qu'il s'agit d'un Islandais. Or, il n'a jamais vu d'Islandais de sa vie. Einar est donc prié d'entrer et le directeur demeure interloqué par la réponse que lui fait Einar lorsqu'il demande à celui-ci s'il est courant en Islande de se présenter sans recommandation chez des inconnus : « Il y a des gens qui ont besoin de recommandation et d'autres qui n'en n'ont pas besoin. Je fais partie de la seconde catégorie. » Cuthbert Hall fronce les sourcils, puis éclate de rire. Il invite Einar à s'asseoir et ils commencent à parler du télégraphe, vont boire un verre ensemble au pub le plus proche et déjeunent ensemble comme s'ils se connaissaient de longue date . Ceci montre à l'évidence un homme sans complexes, décidé, confiant dans l'avenir de son pays, dans le progrès technique et dans la libre entreprise. Bref, un libéral de grande envergure...

Du point de vue de la forme de gouvernement, il n'est pas républicain, mais monarchiste, loyaliste (son interview à Politiken, ses poèmes de bienvenue lors de la vite du roi du Danemark en Islande le prouvent) : ses modèles sont sans aucun doute les pays où il a séjourné le plus, à savoir l'Angleterre et le Danemark, tous deux monarchies constitutionnelles exemplaires. Cependant, l’accueil très froid du monarque danois le rendra plus favorable au système républicain à partir de 1921. Nationaliste, ou plutôt patriote, il n'en est pas moins cosmopolite de par ses nombreux voyages et séjours à l'étranger. De tempérament conservateur, il se montre cependant très modéré en politique. A aucun moment il ne se montre favorable à une éventuelle séparation de l'Islande et du Danemark Héritier et dépositaire du passé, il n'envisage pas l'avenir de son pays sans le Danemark. Mais cet actif est également un contemplatif :

einarbenediktsson.sk
14/09/04