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L'intrépide
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I Sa conception du monde
Einar a été toute sa vie un passionné de l'Islande et de la poésie. Il s'est intéressé au développement de son pays dans tous les domaines. Il a déployé une inlassable activité tant journalistique que littéraire, culturelle, politique et économique. Ses innombrables voyages témoignent de son dévouement infatigable et désintéressé à la cause de son pays. Véritable commis-voyageur, partout où il passe, il se fait l'avocat de l'Islande. Cet activisme est tempéré par l'exercice de l'art poétique, qui constitue en soi une louange ininterrompue à la gloire de la langue islandaise et de l'Islande d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Sa conception du monde se reflète dans des activités aussi multiples que diversifiées et dans lesquelles s'est exercée l'énergie débordante d'Einar.

• Ses activités journalistiques et économiques
Il fond des revues nouvelles : Sunnanfari («Voyageur du sud », 1891) et Útsyn (« Perspective », 1892), un parti politique : Landvarnarflokkurinn (« Le Parti de la Défense Nationale », 1903), des journaux, par exemple Dagskrá (« L’ordre du Jour »), dont il est le rédacteur en chef (1896-1898). Ce journal sera en 1897 le 1er quotidien islandais. Puis ce sera Landvörn (« Défense Nationale », 1903), Ingólfur (1903), organe du Landvarnarflokkurinn, Thjódin (« La Nation », 1914-1915), Thjódstefna (« Mouvement national », 1916-1917), hebdomadaire, Höfudstadurinn (« Le Chef-Lieu », 1916-1917), quotidien.
Il fonde aussi des sociétés par actions : Titan (1914) à Reykjavík, The British North-Western Syndicate (entre 1910 et 1913), The North-Western Trading Company (entre 1910 et 1913), The Harbours and Piers Association (1913) et Arcturus.
Il publie continuellement des articles et des poèmes dans ses revues et dans d'autres comme Thjódólfur, Ísafold, Fjallkonan, Skírnir, Idunn, Norduljós (Akureyri), Eimreidin, Lögberg, Heimskringla, Valurinn, Nordurland, Fréttir, dans ses journaux et dans d'autres, tels Vísir, Tíminn, Morgunbladid (rubrique Lesbók : « Livre de lecture »).
Il publie également des nouvelles et des poèmes comme Sögur og Kvćdi (« Récits et poèmes », en 1898), des recueils de poèmes : Hafblik (« Brasillement de la mer », en 1906), Hrannir (« Vagues », en 1913), Vogar (« Baies », en 1921), Hvammar (« Vallons », en 1930), mais aussi une magistrale traduction de Peer Gynt en islandais (1901) et un livre en norvégien à Oslo sur les premiers habitants celtiques de l'Islande : Islands Beboere (« Les habitants de l'Islande »; 1917).
Son expérience des affaires juridiques, administratives et financières, acquise au cours de sa formation, de ses études et de la collaboration avec son père dans le nord, puis dans l'exercice de ses fonctions de juge, d'avocat (à la Cour Suprême à partir de 1898) puis de préfet , lui confère une grande aisance dans tout ce qui touche à l'immobilier : il achète des terres et des maisons dans la région de Reykjavík, vend sa maison Glasgow de Reykjavík en 1902, se fait construire une très grande maison à Stóra-Hof dans le Rangárvallasysla en 1905 et y mène grand train. Il déménage souvent en famille et son habileté commerciale est telle que des mauvaises langues sussurent dans les années 1907-1908 qu'il va jusqu'à vendre les cascades de l'Islande aux étrangers. D'où le titre humoristique de l'ouvrage de témoignages de Björn Th. Björnsson : Seld Nordurljós, soit : « Aurores boréales vendues » . Il achète la maison du consul de France Jean-Paul Brillouin en 1909, grande bâtisse à Reykjavík, qu'il baptise, en souvenir de son enfance, Hédinshöfdi . Puis il vend sa maison de Copenhague et se replie sur Londres. Nous ne parlerons pas des achats et des ventes de terrains, car cela prendrait trop de temps et ne ferait que confirmer le remarquable sens des affaires que possédait Einar.
Il donne une interview à Politiken (1906) à Copenhague et écrit en outre quelques poèmes qui ne seront pas publiés de son vivant. Mais surtout, il voyage à ses frais, essentiellement en Grande-Bretagne, au Danemark et en Norvège, mais aussi aux Etats-Unis. En quête de capitaux étrangers pour développer son pays, sans mandat officiel, il se considère comme investi d'une mission : tout faire pour la mise en valeur des richesses de son pays et en rompre l'isolement sur la scène internationale. Ses principales interventions publiques concernent la radiotélégraphie, l'hydro-électricité, la production d'engrais, l'exploitation d'un gisement aurifère, l'agrandissement du port de Reykjavík, la construction d'une flotte de pêche moderne et le rattachement du Groënland à l'Islande.
Dès 1903, il attire l'attention de la société Marconi sur les besoins de communications de l'Islande. Il pense notamment aux marins-pêcheurs en mer et s'intéresse vivement au radio-télégramme. Il fera au moins neuf voyages en Grande-Bretagne pour cette affaire. Il s'engage entre 1895 et 1906 pour la télégraphie sans fil (radiotélégramme) et entretient des relations suivies avec la firme Marconi. Pour démontrer le sérieux du projet, il fait dresser un mât par la société Marconi à Raudasandur, non loin de Reykjavík et réalise une première islandaise dans l'histoire des transmissions. Mais le Premier ministre islandais, Hannes Hafstein, a davantage confiance dans le télégraphe d'une société norvégienne.
Einar n'est certes pas le premier à réfléchir à l'exploitation industrielle des formidables ressources naturelles de l'Islande, mais il lui revient le mérite d'avoir le premier entrevu l'intérêt de construire de grandes centrales hydro-électriques dès 1903-1905. Son poème Dettifoss est lié à ces préoccupations.
En une sorte de retour tardif à la politique, il prend fait et cause pour la restitution à l'Islande de sa colonie, le Groënland dès 1913 (Hrannir), puis plus intensément entre 1921 et 1930 (il écrit des articles en 1914, puis entre 1921 et en 1931 il compose le grand poème Jöklajörd : « Terre des glaciers »).
Evidemment, toutes ces transactions lui ont rapporté quelque argent, mais elles lui ont valu aussi d'énormes frais. Outre l'argent, elles lui ont coűté du temps et du travail. Mais, et c'est peut-être le plus important, elle lui ont coűté la fidélité de sa femme, Valgerdur, vraisemblablement lassée de ses sempiternelles absences pour une cause qui n'en valait peut-être pas la peine, vu l'incompréhension et l'ingratitude de ses compatriotes. En fait, il semble que vie professionnelle, vie sociale et vie familiale coexistaient et ne trouvaient d'unité que dans et par la poésie.
Sa confiance dans les possibilités de l'Islande lui est sans doute venue par l'intermédiaire de Willard Fiske, professeur de scandinavistique à l'Université Cornell (Ithaca/New-York), qui a enseigné en 1879 au Lćrdi Skólinn de Reykjavík et qui a exercé sur lui une influence certaine .

einarbenediktsson.sk
14/09/04